mardi 22 juillet 2008

Sud-Ouest




Il a fait dix fois le tour de la terre.

Daniel Prouteau. Ce retraité de la SNCF n'est pas souvent à Bordeaux; il part en voyage trois fois par an, sac à dos, persuadé que tout le monde peut en faire autant; Son budget voyage ne dépasse pas 500 euros par mois, avion non inclus.

Ils ont fait le tour de la terre, en sportifs ou en curieux, sac au dos, en bateau ou à vélo. Ils ont parcouru la planète en tous sens et appris l'usage du monde sur les routes et les océans... Chaque mardi de l'été, un grand voyageur girondin retrace son parcours, égrène ses souvenirs et donne envie de voyager à son tour...

Catherine Darfay

Chez lui, il n'y a ni planisphère enluminé aux couleurs des pays traversés, ni gris-gris collectés aux quatre coins du monde. Juste quelques images de Corto Maltese, dont il envie l'élégance vagabonde et emprunte le pseudo – raccourci du « e » final par respect pour le héros – sur les forums de voyage (1) où il distille ses conseils. Daniel Prouteau est un sage qui ne détaille son pédigrée que pour mieux persuader les autres d'en faire autant: dix fois le tour de la terre en additionnant les kilomètres en avion mais sans compter les trains et les bus innombrables. 60 pays traversés... « il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans; tout le monde peut le faire », plaide-t-il. D'ailleurs, il a commencé par le plus facile: Barcelone à 18 ans, bien avant la démocratie, la movida et le succès de « L'Auberge Espagnole ». Pas si fastoche que ça, finalement. Mais c'est là qu'il a eu faim du reste: « Après, ça n'a pas arrêté. Je rêvais d'Air France pour partir souvent. Mais je ne parlais pas anglais. Je me suis donc retrouvé » à la SNCF. Ce qui m'a permis de parcourir l'Europe pour pas trop cher. Tous les pays y sont passés... »

AVC an Vietnam. Le Bordelais, qui avait déjà connu la poussière des chemins afghans et pakistanais dans les années 70, a sagement attendu l'âge de la retraite pour élargir son horizon. Pas pour partir plus longtemps (« comme je ne pars pas pour fuir, je suis toujours heureux de rentrer ») mais pour s'en aller plus souvent. Deux, trois fois par an, voir quatre les années fastes. Au printemps, c'était le Transsibérien; à l'automne ce sera l'Inde du Nord. Rien ne l'arrête. Même pas une agression sur une plage du Maroc qui l'a laissé en chemise mais ni découragé ni revanchard. Même pas un accident vasculaire cérébral, en 2005 à Nha Trang, au Vietnam, après une nuit entière dans le bus local: « Ma jambe gauche ne répondait plus, je me suis inquiété, sans doute plus vite que si j'avais été en France. J'ai passé un scanner sans avoir à prendre rendez-vous et j'ai finalement été soigné comme un prince dans un hôpital de Bangkok. Je n'ai qu'une envie: poursuivre le voyage interrompu vers le delta du Mékong et Angkor.

« Comme je ne pars pas pour fuir, je suis toujours heureux de renter »

10 kilos de bagages. Pour tout viatique autour du globe, le retraité emporte dans son sac à dos – toujours prêt et jamais loin de la porte – une carte de crédit, ses lunettes, un guide et de bonnes chaussures de marche. « Le reste, on voit sur place » Il a donc vu les merveilles du monde et quelques autres: le mont Fuji et le Machu Picchu à six heures du mat avant les hordes de touristes, l'aurore boréale en Laponie et les geysers d'El Tatio au Chili. La baie d'Along et l'armée enterrée de Xian. La liste des pays qu'il rêve de voir est au moins aussi longue que celle des endroits déjà parcourus. Il pense au continent africain, au Burkina-Faso et à l'Afrique du Sud, à New York, à Madagascar, au delta du Mékong et à la Polynésie quand il aura les moyens. « Mais on n'est pas obligé de dépenser des fortunes pour voyager. On trouve des billets d'avion pas trop chers sur Internet et, hormis l'avion, je ne dépense pas plus de 500 euros par mois. »

Sur le lac Baïkal. Son truc à lui c'est « j'irai dormir chez vous » (2) sans la caméra. Sans taper l'incruste, le voyageur aime poser son sac chez l'habitant. « C'est fascinant de voir qu'on peut toujours trouver. Ça tombe bien, les rencontres restent mon moteur » résume le voyageur pas regardant sur le menu du jour, sauterelles au Mexique ou serpent en Chine, ni sur la salle de bains publique dans la rivière. Ou alors, ce sont les auberges de jeunesse, où il retrouve d'autres routards expérimentés, beaucoup d'Américains autrefois, toujours des Israéliens et des Japonais aujourd'hui, rarement des Français, qui préfèrent les voyages organisés. Moyennant quoi, le Bordelais ramène des souvenirs insensés contre lesquels il n'échangerait jamais le plus confortable des bus climatisés « Même au milieu du lac Baïkal, on a trouvé à se faire héberger. J'avais eu un contact sur le site Hospitality Club avec un sibérien parlant français. Il nous a envoyé le pope qui voulait se faire un peu d'argent de poche. Et on a roulé sur le lac gelé vers un bled où peu de gens ont l'occasion d'aller ».

Daniel Prouteau voyage seul le plus souvent. Mais il a refilé le virus à ses fils et fait volontiers du prosélytisme pour la débrouille et l'envie de voir du pays, accessibles à tous. Ne serait-ce que pour l'ouverture que l'exercice procure. Dans le métro de Pékin, il a pensé aux analphabètes du métro parisien et ne s'est pas senti plus perdu qu'eux; au retour, il a parfois du mal à comprendre nos petits soucis de nantis et s'étonne de nos interrogations sur le voile des femmes, si naturel ailleurs. Du coup, il lui faut repartir, sans itinéraire précis, au gré des envies, s'apprêtant à goûter aussi bien la somptuosité du Taj Mahal qu'un village paumé dans les montagnes népalaises. Au fait, il parle toujours aussi mal anglais. « Comme quoi rien n'empêche de partir ».


(1) Voir notamment http://voyageforum.com/
(2) Émission culte d'Antoine de Maximy sur France 5


Article paru dans le journal Sud-Ouest du 22 juillet 2008, édition de Bordeaux/CUB dans la rubrique: L'été en Gironde, Six voyages extraordinaires. Signé: Catherine Darfay.



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