dimanche 15 juin 2008

Voyage en Afganistan (1971)


Carnet de Route de Michel et Daniel (auteur de ce blog) d'un voyage fait en 1971.




Écrit au jour le jour en 1971 ( An 1350 du calendrier Musulman ) par Michel.



« Nous dégustons chaque instant avec délicatesse et intensité »
Nous devions absolument partir...
Nos motivations n'étaient pas forcément les mêmes, mais elles se rejoignaient dans l'intensité de ce voyage qui nous propulsait hors du quotidien. Chaque jour qui s'écoulait était une nouvelle aventure: « la route ».
PS: afin de donner une idée plus précise des prix de l'année 1971, nos tout petits salaires de fin avril 1971 avoisinent les 1000 francs (150 €).
Paris gare le Lyon
Nous sommes le 30 avril 1971.Le grand jour; Voilà plus d'un an que nous nous préparons à ce jour, et puis, je ne veux pas être là, pour le centenaire de la « Grande Boucherie » qui écrasa la vraie révolution que fut la Commune de Paris...Trop de rage contenue...
Notre train couchette part à 19h28 et nous nous arrêtons pour une journée à Venise. Nous sommes déjà initiés aux voyages « sac au dos » dans les pays musulmans, et la lecture de plusieurs ouvrages est notre boussole. Daniel dort, et moi (Michel) je suis assez nerveux. Après 2 ou 3 mots échangés avec deux françaises qui partagent notre compartiment couchettes, je fais connaissance avec le contrôleur qui est natif de Tarbes comme moi...
Difficile de dormir; je me sent transporté de joie en pensant aux romans de Jack Kerouac « Sur la route, Big Sur, les Clochards Célestes, etc » Enfin je vis...
Aujourd'hui c'est le 1er mai et il fait beau. Le train est ponctuel car nous arrivons à Venise et il est 7h45. Après un petit déjeuner vite expédié, nous visitons cette magnifique ville d'eau et de pierres où règne un fort romantisme. Un trafiquant nous propose avec beaucoup d'insistances, des montres suisses à très bas prix... L'environnement est propice et mon esprit vagabonde... je pense à Rimbaud, mon poète « maudit ». Je me sent si proche à ce moment là...
Nous assistons en spectateurs à un mariage en gondole, puis nous visitons la place St Marc et beaucoup d'autres choses en pierre...
A 17h25 nous montons dans un Orient Express de deuxième zone qui nous éloigne vers la Yougoslavie en compagnie de deux américaines qui nous larguent sans un mot à Trieste. Après un contrôle des douaniers yougoslaves, nous continuons jusqu'à Belgrad un voyage un peu monotone, décalé dans le temps.
Nous sommes le 2 mai, il est 7h45 et nous entamons, sac au dos, une petite ballade dans la gare de Belgrad. Daniel achète du ugourt. Quand à moi cela ne m'inspire pas trop...
En repartant de Belgrad vers 10h30, nous changeons de voiture car la notre est un peu trop bien remplie et les odeurs y sont fortes. Nous échangeons quelques mots avec un couple de turcs et surtout un « Beat » belge un peu déjanté qui nous donne des renseignements très précieux. En effet, il a déjà séjourné au Pakistan (où les flics ont tentés de le violer) et au Népal où il se dirige de nouveau.
Vers 17h, nous passons la frontière bulgare visa à la main. Fouille, uniformes, froideur...! Pas très accueillante. « Un autre monde ». Il est 19h10 et nous nous arrêtons à Sofia qui fête encore le 1er mai avec de grands portraits de Lénine placardés de toutes parts. Comme pour la Yougoslavie, nous ressentons par la tristesse qui s'en dégage, la rigueur des autorités, l'échec du communisme à la Soviétique victime du nationalisme.
Nous repartons à 19h40. Après une nuit agitée par de nombreux contrôles douaniers, agrémentés par un petit passage de quelques minutes en Grèce, nous arrivons à Istambul le lundi 3 mai à 12h00.
Nous sommes déjà à 3200 km de Paris. Visite rapide de la mosquée bleue, de Sainte Sophie... quelques photos, puis nous allons manger dans une « locanta » au « Yener », fréquentée par les « Beats » de passage. Nous reprenons des forces pour la modique somme de 1 franc, puis nous nous séparons du « Beat belge ».
Avant la traversée du Bosphore, nous visitons le grand bazar et nous achetons quelques timbres pour donner de nos nouvelles. Pour continuer notre voyage et rejoindre l'autre partie de la Turquie, pas de pont. Il faut traverser le Bosphore en bateau pour rejoindre l'autre gare qui doit nous mener jusqu'à Erzurum à deux pas de l'Iran.
Nous prenons la décision de monter dans le train de 17h45 en direction du lac Tat Van, car celui qui est à destination d'Erzurum ne part qu'à 22h. Avant la déviation Tat Van / Erzurum nous attendrons le train d'Erzurum. Pour 1,50 franc nous prenons une couchette et nous arrivons à Ankara le 4 mai 1971 à 9h40.
C'est avec 3h45 de retard que nous pouvons enfin apercevoir le mausolée d'Ataturc (le père des Turcs). Avec ce retard, nous ne pouvons continuer que jusqu'à Kayseri que nous rejoignons à 18h00 pour une petite toilette improvisée sur le quai de la gare. « Le spectacle est gratuit ». Nous sommes littéralement entourés de voyageurs turcs excessivement curieux qui ne nous quittent pas des yeux. Nous redoublons de vigilance pour nos affaires personnelles. En dégustant un thé pour 10 cts, nous faisons la connaissance d'un couple d'étudiants allemands qui parlent le turc. Après avoir posté nos lettres, nous repartons en train couchette sur Erzurum en compagnie des allemands que nous quittons à notre arrivée le mercredi 5 mai à 15h30;
A la recherche d'un hôtel pas cher, nous faisons la connaissance d'un anglais et d'un japonnais parlant plusieurs langues dont le français. Tous deux voyagent en direction de l'Inde, la Thaïlande, l'Australie et le Japon. Bof ! Ils ne sont pas encore arrivés ! La décision est prise, ils deviendront nos compagnons de route jusqu'à Téhéran.
Erzurum, carrefour de tous les voyageurs en direction de l'Asie, ressemble à un ville sortie directement de ...terre. « English ?... Allemand ?... Hôtel ?... » Une foule d'enfants en guenilles nous entoure. Nous sommes un peu les curiosités passagères de la ville et les enfants cherchent à gagner un peu d'argent. Une longue conversation en anglais, ponctuée de gestes s'engage avec des étudiants de la ville qui nous offrent gracieusement deux tchaï (thés).
Les négociations se prolongent pour la suite de notre périple... La compagnie de bus « Mihan Tour » nous propose un départ pour le lendemain à 5h00 du matin en direction de Téhéran avec un arrêt à Tabriz pour 10 $ ou 8 $ pour étudiants. Y a pas photo car je passe facilement pour un étudiant en présentant rapidement ma carte SNCF. Pour 2 francs la nuit (5 livres) nous trouvons une chambre de 5 lits à l'hôtel Temel Palas que nous partageons avec un américain, qui tente de rejoindre l'Australie à moto, un anglais et le japonnais. Pour un « Palas » c'est pas terrible et ça ressemble à un débarras avec quelques cafards en prime. Pour plus de sécurité, l'américain a réussi à négocier le logement de sa pétrolette. Notre ami japonnais profite de la nuit pour essayer de gagner un peu d'argent au dès et aux cartes avec le chauffeur de notre bus que nous retrouvons dès 5h00 du matin avec de nouveaux compagnons de voyage, dont un hollandais, passionné des oiseaux, qui voyage à vélo depuis La Haye et qui, après une chute c'est décidé de prendre le bus...
Ce jeudi 6 mai, la route vers Tabriz est assez bonne mais très poussiéreuse et l'air en devient irrespirable J'engage une longue discussion avec un argentin qui se dit d'origine basque et qui se rend en Inde pour monter je ne sais quelle structure... Le japonnais connaît bien Bayonne « j'y étais il y a moins de quinze jours ». Un ingénieur espagnol me parle basque... je ne comprends rien et nous approchons de l'Iran.
Quelques mots, surtout des gestes échangés avec un afghan, un indien, un pakistanais et nous nous arrêtons à Agri à 8h40 pour un petit déjeuner. Nous passons le majestueux mont Arrarat qui se dresse à notre gauche du haut de ses 5165 mètres. On dirait le mont Fuji avec sa base conique.
A 12h30, soit 14h (heure locale), nous franchissons la frontière iranienne. Après une fouille minutieuse et beaucoup de paperasse, nous quittons enfin la douane vers 17 heures. Les dictatures ont des frontières de châteaux forts, mais un microbe à l'intérieur de son corps peux tuer un lion. Nous réussissons à passer le pistolet d'alarme de Daniel en le cachant à tour de rôle dans les toilettes de la douane.
Il est 21h15 lorsque nous arrivons à Tabriz et nous nous lançons au « marchandage » d'un hôtel pour la nuit... Nous abandonnons les iraniens qui nous conduisent vers un hôtel lugubre, situé dans un véritable coupe gorge, pour une chambre de 22 lits à 3,50 F par personne. Presque tout le bus se trouve là et le sol est recouvert de cafards. Nous n'avons pas le choix... Nous sommes sans cesse accostés dans la rue par des iraniens. Nous restons méfiants. Après avoir apaisé notre faim dans un petit restaurant, je négocie l'achat de 2 paquets de cigarettes US à notre chauffeur de bus. Nous rejoignons la moquette de cafards de la chambre du « Caron Hôtel » en traversant une petite cour intérieur pleine de ces bestioles. Juste avant nous avons approché de près un mariage où il y avait beaucoup de monde et de la musique traditionnelle dans une de ces cours.
Vendredi 7 mai 1971. Après une courte nuit, allongés tout habillé sur nos lits et attachés à nos sacs, nous reprenons la route de Téhéran dès... 6 h du matin. Au cour d'un arrêt « petit déjeuner, Daniel ne retrouve plus son appareil photo et son pull. Le japonnais se fait inviter et moi je pars sans payer.. Daniel complice, mais je ne suis pas très à mon aise. Des conversations très enrichissantes s'engagent dans le bus, nous apportant les précieux renseignements nécessaires au bon déroulement de notre voyage. Rien n'égal les expériences personnelles. A midi, nous mangeons dans un restaurant à touristes. Le japonnais est encore l'invité du chauffeur. « Je le trouve un peu trop extraverti, un peu trop profiteur ».
Lorsque nous arrivons à Téhéran à 16h30, l'argentin, qui ne trouve plus ses bagages, soupçonne la douane de les avoir volontairement retenus (c'est fréquent, il n'y a pas de petits profits...) On lui répond qu'il n'y a pas de voleur en Iran. « Tiens donc ? »... Pour seulement 17,50 F nous achetons notre billet de bus. Le départ pour Mashad (dernière ville avant l'Afghanistan) est programmé pour 7h00 le lendemain matin.
Pour 50 rials (3,50 F) nous retrouvons à l'hôtel Aria une bonne partie des passagers du bus. Après une rapide toilette, nous faisons le calcul de nos dépenses qui s'élèvent à 104 F pour chacun d'entre nous, y compris le bus jusqu'à Mashad. Daniel lui, préfère aller jusqu'au bains publics, genre hammam, où il fera sa première expérience des saunas. Vitrée de toute parts, notre chambre n(offre aucune intimité. Ne supportant pas la mollesse de son lit, l'indien qui partage notre chambre à décidé de se coucher à même le sol. Il n'est pas du tout content, car il grogne et c'est bien la seule fois que je l'ai entendu grogner.
La ville de Téhéran est très bruyante et le portrait de Chah est omniprésent. Il s'affiche dans tous les commerces, les livres scolaires et à tous les coins de rues, comme sa police et ses militaires. Sans regret, le samedi 8 mai à 7h00 du matin, nous quittons Téhéran en bus, pour Mashad.
Nous constatons que les grands relais restaurants sont assez chers (4 F environ) par rapport au niveau de vie du pays. La richesse s'étale sans pudeur, provocante, face à la pauvreté qui s'étant dans tout le pays; Un gouffre énorme les séparent.
De Ramian à Ouchan nous suivons une route très poussiéreuse et très déformée. Chaque véhicule que nous croisons est un nuage de poussière. L'air est irrespirable, pas question de baisser les vitres et il fait très chaud; Il faut parfois chercher une route qui ressemble plutôt à un chemin caillouteux au milieu de la foret ou de zones très désertiques. Chaque déviation est signalée par un tas de pierres. Le bus s'agite dans tous les sens et nous arrivons enfin sur les rotules à Mashad à 3h00 du matin. Nous sortons nos sacs de couchage pour un petit sommeil jusqu'à 4h20 dans la salle d'attente des bus en compagnie de l'indien (toujours costume cravate), de l'américain et d'un couple de jeunes américains. Pour rester impeccable, en toutes situations, l'indien qui rejoint sa famille en Inde, utilise un véritable cérémonial pour plier et déplier ses vêtements. Quant à l'américain, nous découvrirons plus tard que c'est un pasteur, et seulement à notre retour en France, sur l'intitulé le la lettre qu'il adressera à Daniel;
Nous laissons partir le bus de 9h qui doit nous mener en Afghanistan (Compagnie Kavartour) car nous attendons le retour d'ambassade du couple d'américains qui ne possédaient pas de visa d'entrée. Nous prenons les billets pour le bus de 11h et rencontrons les premiers français qui nous paraissent assez désagréables. Le prix du billet est de 105 rials (7,35 F) pour un voyage de 230 kilomètres, soit au moins 5 heures de bus. Nous nous arrêtons à 15h20 à quelques kilomètres de la frontière pour une longue halte rafraîchissante. Nous repartons à 18h40 avec un nouveau bus, et nous passons la frontière iranienne à 19h20. Vingt kilomètres séparent les deux frontières. Les formalités afghanes sont très longues mais très folkloriques et nous les accomplissons dans une très bonne ambiance. Les contacts sont très chaleureux et les douaniers sont aussi à l'image de la pauvreté du pays (pratiquement sans uniforme et très nonchalants). Ils y a beaucoup de « Beats » et comme partout nous changeons au marché noir des dollars contre des afghanis. Pour 60 afghanis (soit 3 F) nous nous dirigeons en bus jusqu'à Herat (1ère ville afghane) où nous arrivons vers 3 heures du matin.
Le lundi 10 mai, sous les lueurs de la pleine lune, nous découvrons Herat, qui, avec ses maisons en terrasses et ses chevaux, ressemble à un village de western. Pour 20 afghanis (1,20 F) par personne, nous nous entassons à 9 dans une chambre du Niagara Hôtel, avec pour tout confort notre sac de couchage. Pour la modique somme de 25 afghanis (1,50 F), le breakfast de 8h30 est particulièrement apprécié de tous. Après quelques achats et échanges de vêtements, nous achetons pour 200 afghanis (12 F) notre billet pour Kaboul.
Le bus qui doit partir à 16h nous laisse encore un peu de temps à disposer. Je suis très fier de l'acquisition de mes bottes de cavalier afghan (Bouzkachi). Après un bon repas au Beizhard pour 38 afghanis (2,30 F) nous faisons quelques emplettes... Cigarettes VIP made in Pakistan, boites d'allumettes made in China... un peu partout on nous propose du Hasch. Pour finir, nous ne partons qu'à 17h30 avec la compagnie Sarwary Bus Transport en direction de Kandahar et Kaboul pour la grande traversée du désert afghan.
L'américain et l'indien très british sont nos compagnons de voyage. Les afghans sont très intrigués par la gourde accrochée autour de mon cou et qui ne contient que de l'eau. La distance entre Hérat et Kaboul est d'un peu plus de 800 km en traversant le désert par une route asphaltée ou bétonnée, ouverte depuis les années soixantes grâce à des crédits américains. Il fait très chaud et pas question d'ouvrir la fenêtre du bus car l'air qui pénètre est aussi brûlant qu'un four. Après plusieurs contrôles policiers, j'ai le sommeil tellement profond que je ne me suis pas rendu compte que faisant suite à une crevaison sur le coup de 2 heures du matin, le bus c'est complètement vidé de ses voyageurs (sauf ma pomme) pour permettre au chauffeur de changer la roue. Nous arrivons enfin à la vieille ville de Kandahar (2ème ville d'Afghanistan). Il est 5h30 du matin et il faut changer de bus.
Des calèches colorées de pompons rouge sillonnent la ville. Près des étals de fruits secs, un adolescent appelle les voyageurs avec des cris ininterrompus de « Kanda, Kanda, Kanda, Kandahar ! » Après une petite dizaine de thés, nous repartons vers 6h30 en direction de la capitale.
Vers midi, notre bus tombe en panne de gaz-oil en plein desert...mais heureusement au pied d'une toute petite oasis. Le spectacle est sublime avec l'arrivée d'une caravane de chameaux. Nous restons une bonne heure à attendre le précieux carburant qui doit nous permettre de continuer notre route qu'est allé cherché à pied, on ne sais où, un jerrican à la main, un jeune afghan d'une douzaine d'années. Deux hommes d'un certains age me demande un peu de hasch. Leur position accroupie est très caractéristique des afghans.
Nous repartons, et roulons un petit moment avant d'atteindre la vieille ville de Ghazni où nous nous restaurons pour la modique somme de 1 F. Après quelques achats nous repartons sur Kaboul. Nous arrivons enfin dans cette cuvette de hautes montagnes. Une multitude de maisons basses à terrasse, couleur de terre, blotties sur les pentes des deux collines. Des restes de murailles d'avant l'islam cernent la vieille ville. Une rivière y serpente.
La vie artisanale et commerçante est très active. Les hommes sont habillés d'un pantalon assez ample, d'une chemise longue à deux pans (parfois sans col), d'un gilet de velours ou d'une grosse veste de laine. Ils se coiffent d'un bonnet ou d'un grand turban dont le pan retombe sur l'épaule ou la ceinture. Toutes les femmes se déplacent totalement voilées. Les vêtements sont très colorés.
On est enfin à Kaboul. Il est 16h30 et nous sommes le 11 mai1971. Les prévisions, les calculs de Daniel sont confirmés... Le dépaysement est total et nous nous lançons à la recherche de l'hôtel Gulshm qu'un voyageur nous a conseillé. Nous nous recommandons de lui ce qui nous fait bénéficier du tarif de 1,20 F (20 afghanis) par personne et par nuit. Après un bon repas au Elal Restaurant (1,80 F) nous faisons un petit tour au bazar avant de nous coucher dans un vrai lit, il y avait longtemps !
A suivre
Une envie pressante me conduit à utiliser par erreur des toilettes désaffectées de l'hôtel, qui consistent en un simple trou traversant tous les étages. C'est en voyant le manque de stabilité du sol que je me rends compte de mon erreur. « Ouf ! J'ai eu chaud ! » Après une bonne douche et une première nuit à Kaboul, nous nous renseignons à la P.I.A. Sur les prix des billets d'avion de Rawalpindi (Pakistan) à Gilgit (Cachemire) (22,10 $ pour l'aller et retour) puis nous postons notre courrier et prenons des billets de bus pour nous rendre à Pechawar (100 afghanis soit 6 F par personne). Le départ est prévu pour jeudi 13 mai à 7h du matin avec Bus Service.
A midi, nous mangeons pour 13 afghanis (0,78 F) dans une Tchaitchana. La salle est très sombre, très fraîche et la musique indienne qui bat son plein nous captive totalement. Pas de couvert, et nous nous aidons des galettes de pain afghan pour prendre une nourriture délicieuse. Après une visite assez rapide de Kaboul nous nous rendons à l'invitation de Said Abdoul Raouf Shah propriétaire de la société de bus Sawary Bus Transport pour la dégustation d'un thé. Nous avions fait connaissance entre Hérat et Kaboul. Nous visitons ensuite les bazars. On me propose des manteaux en loups pour 10 $. J'achète un manteau afghan entièrement brodé puis d'autres bricoles... C'est un excellent centre commercial décalé dans le temps. Nous rencontrons des marchands de tissus, de tapis, des bijoutiers qui vendent des turquoises, des revendeurs de vêtements usagés, des serruriers, des savetiers dans de minuscules boutiques à ras le sol, des quincailliers, des forgerons, des étameurs, des épiciers, des vendeurs d'épices, des fabriquants de meubles... J'en profite pour faire ferrer mes bottes. Incroyable! Nous faisons nos adieux à l'indien et à l'américain qui poursuivent leur route en avion, devant une gigantesque théière, puis nous rejoignons notre Hôtel. Je commençais à m'habituer à leur présence, mais nous sommes sur la route, chacun avec ses rêves et ses itinéraires. Je fais monter une théière à notre chambre et le serveur en réponse à mon pourboire (0,30 F) revient avec un gros morceau de hasch pour me remercier. C'est un peu la coutume ici.
Jeudi 13 mai, nous nous levons à 5h30 du matin pour prendre notre bus de 7h30 en direction du Pakistan. Nous passons Djalalabad, pour atteindre la frontière vers 12h30. Il fait très chaud quand nous arrivons à la passe de Khaïber. La route est très très montagneuse et en très mauvais état par endroits. Le bus doit franchir les éboulis de la route qui s'est effondrée. « A vous couper le souffle!! »... Cette route est celle de tous les commerces, des camions bariolés. Les pistes avoisinantes sont celles de toutes les contrebandes et de tous les passages clandestins. A la frontière, les afghans refusent souvent de se laisser fouiller. La route suit la rivière Kaboul qui s'en va se jeter dans l'Indus. Nous arrivons enfin à Peshawar où nous prenons à 17h25 une 3ème classe en train pour Rawalpindi (pour 2,10 F). Le voyage au milieu des chèvres et des disputes est très folklorique, et c'est sans compter la bonne dizaine d'arrêts et les jets de cailloux.
A 30 km/h de moyenne, je déconseille totalement. Après la traversée de l'Indus, nous passons les ruines de Taxila, vieilles de deux mille ans, autrefois centre culturel. La ville fut prise par Alexandre le Grand, mais elle devint prospère sous l'empereur Asoka. Les Huns la dévastèrent. Puis nous arrivons en gare de Rawalpindi à 23h00. Le hall c'est transformé en un très grand dortoir qu'il nous faut traverser. Nous nous engouffrons dans l'hôtel Afghan pour 1,50 roupie la nuit (0,90 F). C'est très sale et nous essayons de dormir dans un éspese de box à deux lits avec de la paille comme pour les vaches. Daniel a la main rivée sur son pistolet d'alarme car trois ou quatre européens (dont deux français) complètement flippés, envisagent un mauvais coup à notre encontre. Finalement, ils sont tellement défoncés qu'ils ne sont capable de rien.
Le lendemain, vendredi 14 mai nous confions nos bagages à la consigne de la gare de Rawalpindi pour plus de sécurité, puis nous partons retirer nos billets d'avions pour Gilgit (110 roupies). Le départ est prévu pour le 15 mai à 9h30. Il fait très chaud et nous buvons énormément. J'engage une longue discussion avec un étudiant pakistanais qui apprend le français. Il me pose aussi des questions sur le collier que je porte autour du cou et je nez peux pas lui dire que c'est un chapelet bouddhique, car la concurrence n'est pas appréciée. Alors je lui explique que c'est un cadeaux et que ça représente le corps d'un être humain. Ce n'est pas totalement faux, mais le voilà rassuré (Ce n'est pas religieusement opposé à l'islam). C'est fou les précautions qu'il faut prendre avec le fanatisme. Nous échangeons des dollars contre des roupies dans l'arrière salle d'une boutique avec des types assez inquiétants. Je presse Daniel à accepter le prix.
Samedi 15 mai, nous nous levons à 5h30 pour l'aéroport de Rawalpindi. Nous prenons un Baby Taxi, genre de scooter avec deux places fermées à l »arrière, très bruyant. Le prix fixé au départ augmente au fur et à mesure que nous approchons de l'aéroport où nous arrivons à 7h00. Impossible de partir... Pas de départ, la situation n'est pas claire... Il y a peut être des conflits avec le Cachemire indien ? « Motus » Nous nous faisons rembourser les billets et nous essayons d'avoir un visa pour l'Afghanistan à Islamabad. La chose n'étant pas possible, nous repartons à 11h45 en bus à destination de Peshawar (2,10 F) où nous arrivons à 15 heures. Nous échouons au Speenguaar Hôtel (15 roupies pour 2) pour une douche très appréciée. Il fait très chaud, il est impossible d'avoir notre visa pour l'Afghanistan car les bureaux sont fermés et nous n'avons l'eau à l'hôtel que quelques minutes dans la journée. Petite visite de Peshawar où nous dégustons des oranges pressées avec des glaçons écrasés. L'air dans la ville est assez insupportable de puanteur. Je suis très choqué par l'absence totale d'hygiène. La colonisation anglaise a laissé ses traces, la bourgeoisie la singe, on boit du thé au lait, on circule à gauche...
Lundi 17 mai, nous nous rendons au consulat afghan pour le visa de transit que nous obtenons pour 6 roupies, puis nous reprenons le bus pour Kaboul. Nous rencontrons quelques difficultés à la frontière de Pakistan car nous avons oublié de faire viser notre passeport dans les trois jours qui suivent notre entrée dans le territoire pakistanais. C'est obligatoire ! Le ton de leur voix nous fait mesurer leur mécontentement. Lorsque nous retraversons la passe de Khaiber, nous rencontrons des pathans, (cultivateurs guerriers) voyageant le fusil à portée de la main. Dans la région de Kaiber vivent 9 millions de pathans divisés en 60 tribus. Ils aiment la musique, la danse, la poésie et les récits épiques et sont très habillés guerriers. Nous arrivons vers 17h à Kaboul pour prendre une chambre au Dulshane Hôtel.
Le lendemain, après quelques achats nous nous procurons pour 100 afghanis nos billets pour Hérat. Une bonne sieste nous permet de reprendre les forces nécessaires pour affronter la journée du mercredi 19 mai.
En effet il faut se lever à 4h du matin car le départ de notre bus 'Sawary Bus) est fixé à 6h30. La traversée du désert s'effectue dans une chaleur étouffante et la fumée du hasch envahit totalement notre bus. Une poignée de chevelus habillés à l'indienne a décidée d'épuiser la totalité de ses provisions de haschich avant le passage de la frontière iranienne. Les voilà complètement défoncés et un peu bruyants. A notre arrêt de Kandahar, je pénètre dans une boutique de pipes à eau, lorsque le propriétaire surgit de nulle part; ferme la porte à double tours et me conduit dans une pièce remplie de haschich du sol au plafond. Il me fait la proposition d'acheminer la précieuse marchandise en France, cachée à l'intérieur de meubles maquillés et, comme tout bon vendeur, il m'offre gracieusement un bon kilo pour m'appâter. Un iranien doit avoir des vues sur moi car il ne cesse de me parler de sa grande maison où je doit aller et m'offre des glaces et des abricots avec l'ordre de ne pas en donner à Daniel. Ca commence à ma chauffer sérieusement les oreilles.
Nous arrivons le jeudi 20 mai à 4 heures du matin à Hérat. A 6h, réchauffés par quelques thés, nous réussissons à prendre (pour 100 afghanis) un minibus qui nous conduit jusqu'à la frontière. J'ai réussi à semer l'iranien un peu trop collant et nous quittons vers 11h les douaniers très folklos de l(Afghanistan pour l'Iran. Avant la fouille de Tay Bad en Iran, les chevelus anglais habillés à l'indienne ont totalement épuisé leur stock. Je me débarrasse discrètement du cadeau encombrant du marchand de pipes à eau de Kandahar car les prisons iraniennes ne m'inspirent pas du tout. Je fais la connaissance d'un Australien qui a quitté son pays voilà 5 mois pour travailler en Europe (le total de ses dépenses depuis son départ s'élevant à 200 $). C'est extraordinaire. En quittant Taybad à 15h pour Mashad, nous nous séparons du couple d'étudiants américains du Michigan qui nous accompagnait. Face aux fouilles répétées de la police du chah ou de l'armée iranienne qui recherche des armes ou du hasch, les liens se tissent facilement entre les danois, les allemands, les anglais, les américains et nous. Un étudiant allemand fringué à la Ché Guévara transporte sa provision dans ses grandes bottes et plaisante amèrement avec les autorités. Enfin à 19h30 nous arrivons à Mashad, et avec 300 rials nous achetons nos billets pour Téhéran. Le départ du bus de la compagnie Mihan Tour est prévu pour 7h. En attendant, pour 40 rials, nous partageons à 3 la chambre d'un petit Hôtel situé à proximité de la station de bus. Un iranien vivement interressé par mes bottes afghannes m'en propose une belle somme, mais je rejette son offre. Elles n'ont pas de prix.
A 7h du matin nous reprenons la très mauvaise route du nord en direction de Téhéran. On longe la frontière russe, puis la mer Caspienne pendant des heures et des heures. La route est très poussiéreuse et chaotique. C'est transit de froid que nous arrivons à 3h30 du matin à Téhéran le samedi 22 mai.
Avec la police du Chah qui ne cesse de nous harceler pour prendre un Hôtel, nous tenons bon jusqu'à 5 heures dans nos sacs de couchage sur le trottoir de la compagnie de bus, qui nous informe à 6 h, qu'il n'y a plus de place pour Tabriz et Erzurum. C'est pas la grande forme et je me trouve un peu malade. Après quelques hésitations, pour 210 rials, tarif étudiants, nous nous rabattons sur le train de 16h00 en partance pour Tabriz. Malgrès le manque de confort des sièges en bois, nous nous plongeons dans un profond sommeil. Ce n'est qu'après 16h de train que nous arrivons à Tabriz le dimanche 23 mai à 8 heure du matin.
Nous rencontrons un enseignant anglais, prof de français, qui vient de passer plusieurs mois en Inde et nous décidons coûte que coûte de continuer ensemble notre route. Pour 40 rials nous prenons un bus jusqu'à Suejan qui nous laisse en pleine cambrousse. Ces petits trajets ne sont fréquentés que par les autochtone. C'est l'Iran profond. Des voyageurs à tour de rôle viennent réciter ou plutôt chanter le Coran dans le micro du chauffeur de bus, puis c'est la quête qui commence. Et ça dure très longtemps.. Ouf ! Nous prenons un autre bus pour Maran qui nous conduit dans un restaurant dégueulasse et à l'aide d'un minibus, pour 20 rials, nous parvenons à la frontière que nous franchissons assez rapidement. Enfin la Turquie. Pour 5 livres nous rejoignons le petit village de Dogubayzit au pied du majestueux mont Arrarat où nous prenons une chambre pour 6 livres la nuit; Le luxe ! Avec difficultés nous trouvons une bouteille de vin turc que je me charge de vider avec l'enseignant anglais qui finit par s'endormir complètement saoul. Il est vrai que ça faisait plus de 5 mois qu'il n'avait bu du vin et c'était devenu pour lui une véritable obsession. C'est curieux, mais j'ai bien eu l'impression d'entendre hurler les loups cette nuit là...
Nous prenons le bus de 6 h du matin pour Agri et Erzurum avec une bonne courante (tourista). Arrivé à Agri à 8h30 nous en repartons à 12h00. Ce n'est qu'à 15h30 que nous arrivons à Erzurum guéris de nos problèmes intestinaux. Au cour d'une promenade dans la ville, nous retrouvons des compagnons de voyage, et nous repartons à 20h00 en train couchettes en direction d'Istrambul. Nous partageons notre compartiment avec un suédois, et deux turcs qui restent pratiquement muets.
Mardi 25 mai, est une journée de train... Nous passons Kayseri à 13h30 et Ankara à 22h pour arriver le lendemain, vers 13h45 à Istambul, après un incident sur la voie à Gebze, impliquant un retard de 3h45. Nous traversons le Bosphore en bateau, et dans l'attente de mon train dont le départ est fixé à 19h20 nous laissons nos bagages en consigne. Quelques achats au bazar et je quitte Daniel qui reste quelques jours à Istambul tandis que je rentre en France.
J'arrive à Paris le 29 mai, Daniel trois jours plus tard. J'ai beaucoup de mal à me réadapter au sectarisme de notre société, à son intolérance...
Mais la vie est une grande Aventure dans laquelle ce voyage a gardé toute sa saveur au fil des ans.

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